INTERVIEW DE DANIEL JUILLAGUET

Daniel JUILLAGUET est l'une des figures phare du mushing francais et principalement de la longue distance, tarnais d'origine (tiens comme Jean-Phi Pontier), quand on le croise il respire la sport, la passion, le calme et la gentillesse. C'est ce que confirme cet entretien, un gars simple et bien.

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France-Mushing: Salut Daniel, comme de coutume, une petite présentation s'impose. Alors qui est Daniel Juillaguet dans sa vie de citoyen lambda, il a une famille, un boulot, il vient d'où ??

Daniel Juillaguet: Salut Eric. Je suis kinésithérapeute de profession et musher depuis 20 ans. Je suis marié avec Cathy et ai 3 enfants. Originaire du Tarn j’ai fait mes premières armes en traîneau en Ariège avant de venir m’installer dans le Jura il ya 13 ans. 

FM: Il semble que le sport, sans parler des chiens tienne une grande place dans ta vie et celle de ta famille et ce avec des performances partout, c'est culturel le sport chez vous? Depuis toujours ? 

DJ: J’ai toujours fait du sport, surtout du vélo, en course, en voyage(Canada,Cap Nord). J’ai une grande attirance pour la compétition, attirance qui s’est renforcée au contact de ma femme. J’ai pratiqué aussi le triathlon jusqu’en longue distance, puis le ski alpinisme et le trail. Je suis moyen partout, en comparaison de ma femme et mes enfants qui ont vraiment un gros niveau. Ce qui compte le plus je crois dans le sport c’est la persévérance.

 

FM: Toujours une attirance vers les sports d'endurance ? des prédispositions "génétiques"? 

DJ: Oui en effet, je pense avoir une très bonne adaptation à l’effort de longue durée et j’ai aussi ce goût du dépassement physique dans sports Nature. 

 

FM: Du sport, tu arrives quand et comment vers les chiens de traîneau ? Es tu de ceux qui ont lu Jack London ou Curwood  et qui depuis tout petit rêvait de chiens et de grands espaces blancs ou bien .........? 

DJ:Bien sûr, j’ai tout lu de ces auteurs, mais aussi Cousteau, Christian Zuber. Je rêvais de voyage dans les Grandes Plaines à cheval .J’ai toujours élevé des animaux de toutes sortes depuis tout petit, chiens, oiseaux, poissons, lapins, hamsters, même des escargots.

Le déclencheur du traineau a été un voyage en vélo d’ALBI au Cap NORD, où j’ai rencontré un musher qui entrainait des groenlandais au bord d’une route non loin de "Nordkapp".J’ai failli ramener un chien de ce voyage. Puis après la rencontre avec ma femme et l’achat d’un premier Siberian-Husky, la montagne,la neige. Le début de l’histoire. J’ai continué pendant plusieurs années à mener de front courses de vélo, ski alpinisme et traineau avant de me recentrer un peu plus sur les chiens. 

 


Daniel dans l'effort solitaire qu'il affectionne 

Toujours de belles images d'LGO


CapNord à vélo 1992


La Graqnde Odyssé Savoie Mont Blanc c'est SA course

FM: Quand tu t'alignes à ta première course, c'est où et avec quelle ambition ? 

DJ: Ma première course était à l’image de ce que m’inspirait dans le traineau, un sport aventure, en immersion dans la Nature. C’était la Transmargeride, une course dans le Cantal avec bivouac en 2 étapes. Je n’avais pas à l’époque vraiment de chiens compétitifs. 

 

FM: Ton envie a t'elle toujours été de faire de la course de distance? Pourquoi ? 

DJ: Oui mon rêve de toujours après avoir lu François Varigas et avoir été au Mac Kinley en alpinisme, C’est de parcourir l’Alaska, laYukon Quest, l'Iditarod, des courses mythiques.

 

FM: Un jour tu arrives sur la longue distance, ta première course? tes impressions?

 DJ:  Je lisais Mushing Magazine et j’ai vu qu’il existait des courses longue distance, plus proches qu'en Alaska , en Norvège. Je suis donc parti tenter ma chance sur La Finnmarkslopet 500 en 2002. Cela a vraiment été le baptême du feu. Je ne connaissais rien au truc, aucun contact. Je suis arrivé à Alta quelques heures avant le musher meeting. J’ai compris la moitié de ce qui se disait. Au premier checkpoint, je croyais qu’il fallait planter la tente. En voyant les attelages norvégiens, je croyais que tous ces concurrents avaient des Sibériens, tellement leurs chiens étaient typés nordiques ,voire plus que ceux qui composaient une partie de mon attelage. Je peux dire que j’au eu un rôle de défricheur sur ces terres. Je n’ai pas su, au 2 ème checkpoint qu’une tempête, se préparait. Aussi je suis reparti au petit matin et me suis fait prendre sur les plateaux dans une tempête. Nous étions 3 dans ce cas et l’organisation n’a pas pu venir à notre rencontre avant le lendemain. J’ai été obligé de scratcher un peu plus loin, pas assez de chiens pour continuer.

FM: et de cette course qu'est qu'il en découlera ? 

DJ: Il en découlera un retour en 2003 où j’entrainerai Jean Phi (ndlr Pontier .J’ai encore un peu plus appris sur le tas, on va dire et j'ai  pu finir cette course. 

FM: IL y a aussi une course qui compte beaucoup pour toi, c'est LGO, dont tu es je crois le seul a avoir fait toutes les éditions (de mémoire, je ne suis pas retourné vérifier) , qu'est ce qui te plait dans cette course? 

DJ: LGO, j’y pense tous les jours de l’année, depuis sa création. C’est la course qui me correspond le mieux. Contrairement à la vraie longue distance, le musher peut partager l’effort avec ses chiens mais aussi avec le public. C’est la course de référence en matière de médiatisation de notre sport. Certains peuvent ne pas le comprendre mais l’organisation est top niveau. C’est l’évènement qui a le plus fait avancer notre sport en tant que discipline sportive, j’en suis convaincu. L’évènement s’appuie sur des personnages très forts en la matière,  notamment sur Dominique Grandjean auquel on ne rendra jamais assez hommage en sa qualité de vétérinaire d’avant-garde.

 

 

FM: A l'heure actuelle, ta saison se décompose comment , entre entraînements, courses famille et boulot? On sait que la longue distance demande énormément même si elle rend beaucoup, comment la famille gère t'elle tout cela ? 

DJ: Ma saison propre démarre à l’arrêt des courses de traîneau, je reprends le ski alpinisme avec ma femme, mes enfants, quelques courses si la forme est là. Je lâche progressivement l’attelage à partir de Mai. Je continue ma préparation sur terre avec des Trails courts et des Km verticaux(1000 m positif sur 2 à 4 km de distance).En Septembre, je reprends l’attelage et continue de m’entrainer fort moi-même jusqu’en Octobre. Après c’est quasiment que du chien jusqu’en Mars,Troll Kart, Quad et traîneau en fonction de la neige.

C’est un sport très dur, quand il faut gérer un travail, une famille. Il faut que chacun ait son compte pour que cela dure. J’ai amené ma famille sur tous les sites de courses depuis la Pirena, jusqu’à la Finnmark en passant par La Transalpes PEV ,l’Alpen Trail et bien sûr LGO.Je ne l’aurais pas conçu autrement même si cela a parfois été ardu !

 

FM:  Tu t'entraînes exclusivement dans le Jura ou bien avant une Femund ou une Finmarks, montes tu 1mois à l'avance ou plus, pour entraîner sur place ? 

DJ:Uniquement dans le Jura, dans de très mauvaises conditions techniques, autant sur terre que sur neige mais habituellement d’excellentes conditions climatiques (froid,neige)

 

FM: Ce type course, demande aussi beau coup de préparation aux chiens, sur une saison il y a des blessures, comment gères tu ton chenil? as tu suffisamment de chiens pour pallier à tous ces aléas ? 

DJ: Je croise les doigts, mais j’ai ordinairement peu de blessures, j’entraine de 14 à 16 chiens pour LGO. 

FM: Question un peu bateau, au niveau de tes lignée, quel est ton choix de chiens? 

DJ: Le départ de ma lignée LD, ce sont des chiens de Katy Meier, issues de lignées Soerlie, puis j’ai racheté une chienne de Ketil Reitan, Okak, qui s’est avérée être un excellent leader dans toutes les conditions et m’a donné de super chiots avec un croisement de chiens de Jeff King. Mon évolution actuelle se fera à travers une chienne d’Emil Inauen qui a déjà gagné LGO. J’aime les chiens sympa , typés nordiques .Ils sont souvent très communiquant .

 

FM: je suppose que comme tous les mushers, tu as des projets ou des rêves que tu voudrais pouvoir réaliser, lesquels ?

DJ: Mon objectif sportif des prochaines saison sera de gagner LGO. Est ce que c’est un rêve ? Je ne sais pas. C’est en tout cas la course que je peux préparer le mieux .J’ai mis de côté mes ambitions de Très longue distance.

J’ai aussi des projets de livre de type récit fiction.

Le plus important restera malgré tout, de maintenir l’équilibre familial à travers tous les objectifs sportifs et scolaires de mes fils. 

 

FM: Hormis la longue distance, t'intéresses tu aux autres aspect du mushing en France et ailleurs? 

DJ: J’ai essayé un temps. Je dois dire que je n’ai pas vraiment d’attirance pour le sprint, j’y reste trop sur ma faim. Je pratique aussi le mono chien en fin de saison en ski de fond pour former ou affirmer des leaders, la course à pieds en terrain montagneux avec un chien.

 

FM: Tu es l'un des seuls, musher de longue distance ou de Mid que j'ai vu à toutes les AG de la FFST où je me suis rendu, qu'elles soient à Lyon ou à Paris, c'est important pour toi d'être là? 

DJ: C’est important de savoir ce qu’il se passe, mais j’ai eu à chaque fois l’impression de revivre les mêmes scénarios de conflits perpétuels internes ou externes. Je n’ai pas vu l’évolution qui aurait du accompagner le flot d’images de traineau véhiculées par LGO. Je pense que l’on a manqué une occasion du côté fédératif.

Je pense aussi que sans ton site, personne ne saurait ce qu’il se passe sur la planète traineau en France. La communication semble être négligée à tous les niveaux. C’est mon avis.

 

FM: Quels rapport entretien tu avec la ou les fédérations de traîneau avec leurs dirigeants ? 

DJ: Je n’ai en 2013 eu des contacts que sur ma participation au Championnat  de France des Fourgs. On ne voit plus personne sur LGO. Je le regrette.

 

FM: Autre question récurrente, comment vois tu l'avenir des sports de trait canin dans leur ensemble en France ? Et au-delà des activité dans leur globalité, l'avenir de la MID et de la longue distance (là je vais pas dire en France, on connaît  les difficultés à organiser ce type de courses chez nous) en Europe continentale puis en Scandinavie? 

DJ: Je pense qu’il faudrait simplifier les choses et communiquer davantage. Ouvrir les courses à la pratique rando.

Simplifier les catégories : mono,6 et moins et plus de 6.

Le gros souci récurrent des mushers c’est la pratique en elle-même. A part un ou 2 sites quasiment aucun espace ne nous est proposé pour l’entraînement. Il faut très souvent bricoler La Fédé pourrait avoir, du fait de sa délégation, ce rôle de recherche de sites conséquents, variés ...

Je pense aussi que, du fait du peu d’effectifs des dirigeants, il faut abandonner certaines pratiques à des fédérations plus conséquentes.

Je pense qu’il faut renouer des liens avec LGO, ce n’est peut être pas trop tard !
Chacun son métier.

 

FM: Bon avec tout cela, trouves tu encore du temps, pour aller faire quelques sortie en famille, en vélo, à ski ....... à te détendre ? 

DJ: Je prépare actuellement un trail à Val d’Isère. Je profite de ces bonnes journées de pluie pour répondre à tes questions, mais dès qu’il y aura une éclaircie je renfile mes joggings.

(NDLR: depuis La Famille Juillaguet a couru ce trail, 32km pour 2500m de dénivelé positif, Robin l'un des fils de Daniel fait 2ème espoir et 10ème scratch, et Daniel 63ème sur 300, excusez du peu) 

 

FM: Bien, je suppose que les gens qui ne te connaissaient pas ou peu; sauront à travers ces réponse qui est Daniel Juillaguet, et pourront t'apprécier à ta juste valeur, je te dis tout de suite que cette valeur est pour moi très grande, comme musher et comme homme. Donc qu'aurais tu à dire pour conclure ? 

DJ : Je pense qu’il faut toujours rester modeste. Ce qui paie toujours c’est l’obstination et le travail. J’ai bien sûr des ambitions mais comme dit Cathy « la vie n’est qu’un jeu !».

Je citerai aussi Robert Soerlie : « Long distance mushers never give up »

A travers toutes les galères que l’on peut vivre sur une course longue distance, le musher doit toujours garder le Will To Go.

Je vous laisse en faire l’expérience.

Merci et à bientôt.       

Le site de Daniel and family   

Un grand merci à toi Daniel, d'avoir accepté de répondre à ces questions, je te souhaite d'arriver à tes fins et de gagner une LGO, ce serait mérité. Plein de réussite, à ta famille en sport comme aux études pour tes enfants.
A bientôt Daniel.


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Le team JURAFRANCE


La course en montagne ca paye l'hiver en traîneau

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